Changer l’habitat, une nécessité ?

Logement
Changer l'habitat une nécessité

Changer l’habitat pour répondre aux besoins et aux modes de vie de ses habitants est plus que jamais une nécessité. Le confinement a jeté une lumière crue sur les limites de nombreux logements, les inégalités des habitants. Certains voient dans le confinement une opportunité de faire évoluer leur mode de vie. Mais tant d’autres souffrent dans un habitat inadapté.

 

Des logements « sur-occupés »

Comme d’habitude, les plus faibles et les plus précaires sont aussi les plus exposés à un habitat inadapté. D’après une étude de l’Insee, plus de 5 millions de personnes vivent dans un espace sur-occupé. Cela signifie qu’au regard de la taille du ménage, il manque une ou deux pièces à leur logement. Sans surprise, c’est dans les grandes villes que ce phénomène se retrouve. 74% des ménages concernés vivent dans une ville de plus 100 000 habitants. 40% d’entre eux vivent dans l’agglomération parisienne. « La situation est encore plus marquée dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV)… 25,4 % des ménages vivent dans un logement suroccupé, ce taux pouvant dépasser 35 % dans certains QPV » remarque l’INSEE.

Le phénomène du logement sur-occupé touche particulièrement les familles monoparentales : 18,1% d’entre elles vivent dans un logement sur-occupé. Ce taux se monte à 25% dans les familles monoparentales comptant un ou plusieurs enfants âgés de moins de 10 ans.

 

Des personnes fragilisées par leur isolement

16% de la population se retrouve en revanche isolée, soit 10,5 millions de personnes. Parmi elles, 2,4 millions sont âgées de plus de 75 ans. Un peu plus de 4 sur 10 vivent dans des agglomérations de plus de 100 000 habitants. Au contraire, nombre d’entre elles vivent au centre de la France. Les personnes âgées isolées représentent 6,2 % des habitants de la Creuse, plus de 5,5 % des habitants de la Nièvre, de l’Indre, de l’Allier ou encore de la Corrèze.

Or la question de l’isolement reste prégnante. « Les personnes âgées sont d’autant plus fragilisées par la situation actuelle lorsque les achats de première nécessité, telles les courses alimentaires, impliquent de se rendre dans une autre commune : 13,3 % des personnes de 75 ans ou plus vivant seules résident en France dans une commune sans aucun commerce alimentaire généraliste. Ce taux s’élève à 45 % dans la Meuse ou la Haute-Saône » indique l’INSEE.

A cet isolement s’ajoute la précarité. 1,7 million de personnes seules vivent sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine. Sur 1,2 million de personnes percevant l’allocation adulte handicapé (AAH), sept sur dix vivent seules, ce qui ajoute à leurs difficultés quotidiennes.

 

Des appels à changer l’habitat

Aussi de plus en plus de voix se font entendre appelant à changer l’habitat. « Les investisseurs gagneraient … à définir précisément les besoins des citoyens » remarquent ainsi Claire Flurin, directrice R&D et innovation chez Keys AM, et Catherine Sabbah, déléguée générale de l’Institut des Hautes Études pour l’Action dans le Logement dans une tribune des Echos du 22 avril dernier. 

« Quelques jours ont suffi pour balayer certaines idées, en conforter d’autres : la cuisine est-elle vraiment utile quand tout le monde dîne dehors ou se fait livrer ? La réponse est oui. Avec une fenêtre, et des portes ? Encore oui. Faut-il disposer de surfaces supplémentaires où s’isoler le cas échéant ? Encore oui. Aime-t-on vivre dans des micro-appartements ? Non… Les espaces qui augmentent la qualité de vie doivent-ils être réservés à l’usage individuel et privé dans chaque foyer ? Peut-être pas… En période de crise économique, sanitaire, climatique ou autre, le refuge peut se partager, comme autrefois les abris. Ou se transformer en zone de travail pour qui ne dispose pas chez lui de la place ou des outils nécessaires. »

L’architecte Eric Cassar appelle à un renouveau. «Qui souhaite encore vivre dans ces logements uniformes sans âme, sans rêve ? Travailler sur ces plateaux de bureaux aseptisés ? Être en convalescence dans des hôpitaux machines monotones ? … Il est temps d’en finir avec l’eugénisme architectural et de laisser une place aux réponses alternatives ; de retrouver diversité et synergies, conditions sine qua non à la résilience, au plaisir pour tous… à la vie ! De construire ensemble de nouveaux modèles (en intégrant qu’une norme figée indépendante d’un contexte est destructrice, que tout idéal hégémonique est dangereux). Il est temps, de produire de nouvelles harmonies, de (ré)ouvrir de nouveaux possibles. »

 

Repenser l’habitat

La crise sanitaire pourrait donc déclencher une réflexion sur la construction et le réaménagement de certaines structures existantes.

Le moment est d’autant mieux choisi que des modèles, des expérimentations existent déjà. Le co-living s’est maintenant bien implanté dans nombre de grandes villes. Et l’habitat collaboratif, en dépit des difficultés à s’imposer en France, séduit de plus en plus. Un moyen d’accéder à la propriété – un rêve bien français – même pour ceux qui n’ont pas ou peu de capital. Et surtout de construire un logement vraiment adapté aux besoins de chacun. En 2019, il existe 170 habitats collaboratifs en France. 280 sont en projet, voire déjà en construction. Bien peu comparé à la Suisse par exemple où l’habitat coopératif représente 5% des logements.

Ses avantages sont particulièrement appréciés en période de confinement. Certes, la distanciation sociale est respectée, les mesures se mettent rapidement et facilement en place. « Bien sûr, la vie quotidienne est perturbée dans les coopératives d’habitants comme partout ailleurs, mais dans ces nouveaux lieux de vie, tous les outils sont déjà là pour nous aider à traverser cette période difficile » confie Thomas Berthet d’Habicoop, la Fédération Française des coopératives d’habitants, au micro de France Culture dans un reportage diffusé le 21 avril dernier. « Et en toute autonomie ! Parce qu’il n’y a pas plus empêcheur de vivre qu’un syndic de co-propriété ou un bailleur social ». Ainsi, les chambres d’amis mutualisées en dehors des logements ont accueilli des personnes isolées ou sans domicile, ou se sont transformées en bureau, pour les parents en télétravail à la recherche de calme.

« Comme il est rassurant de se savoir entourée de voisins prêts à s’entraider, à veiller les uns sur les autres, à s’organiser collectivement pour les courses et le ménage ! » témoigne également Chantal de Chamarel, une coopérative d’habitants pour personnes retraitées de Vaulx-en-Velin.

 

Changer l’habitat à grande échelle

Selon Claire Flurin et Catherine Sabbah, « quatre pistes se dessinent : l’émergence de solutions d’hébergement mixtes où l’on vit, travaille et se divertit ; le renforcement des typologies partagées, de type co-living, les meilleures dans l’optimisation du trio coût-flexibilité-lien humain ; de nouveaux types d’occupation, 3e voie entre propriété et location ; enfin, le développement de lieux de résidence gérés sans casse-tête : des logements faciles à louer, à vivre et à quitter. Toutes ces idées sont déjà dans l’air. » Encore faut-il qu’elles deviennent aujourd’hui des normes. Autant pour rendre la sortie de crise vertueuse remarquent les deux spécialistes que pour créer de nouveaux marchés.

 

Réinvestir les territoires pour changer l’habitat

Paris voit ses habitants fuir. Certains choisissent la campagne, ce qui pourrait donner lieu à un phénomène de réappropriation des territoires.

C’est ce que préconise l’Institut Sapiens, un think thank français qui place l’humain au cœur du numérique. Il vient d’y consacrer un rapport proposant différentes pistes pour réinvestir les territoires.

Contrairement aux métropoles, de nombreuses provinces et villes moyennes ne souffrent pas de pression trop forte sur le logement. Or, rappelle l’Insee, 74 % des ménages vivant dans un logement sur-occupé habitent dans une agglomération de plus de 100 000 habitants.

 

Améliorer le logement… grâce aux provinces

Le think tank dresse une liste de propositions permettant de rendre attractifs des territoires délaissés par les populations actives :

  • Couvrir 100% du territoire avec la 4G et non plus uniquement 100% de la population. Il faut rendre les zones blanches attractives pour les populations actives.
  • Assurer l’accès simple aux services publics en ligne.
  • Déployer la mission de professionnels de santé de premier re­cours pour remédier aux déserts médicaux et par­ticiper à l’orientation et à la prise en charge des personnes en de­mande de soins primaires.
  • S’appuyer sur les ressources de l’économie circulaire pour créer des nouveaux emplois.
  • Encourager le télétravail vert : permettre aux actifs travaillant dans des métropoles d’habiter dans les territoires.
  • S’appuyer sur les Fab-Lab pour réindustrialiser les territoires.

Ces propositions vont également dans le sens des régions pour qui devenir attractives est un enjeu majeur. Jusque-là en effet, ce sont surtout les free lance et les travailleurs indépendants qui pouvaient se permettre de quitter la ville pour habiter la campagne. Certaines structures comme l’Ambassade du Perche accompagnent les indécis pour leur présenter les avantages de la vie à la campagne. Et les collectivités rivalisent d’imagination pour attirer les habitants.

 

La qualité de vie pour tous

La mise en place rapide du télétravail, son intérêt pour les entreprises et pour les employés seraient l’occasion de réinvestir des territoires et des campagnes jusque-là délaissés et ainsi changer l’habitat … Une meilleure répartition de la population présenterait de nombreux avantages : réduire le problème du mal logement, et de l’isolement en repeuplant des villages délaissés, participer au développement économique de l’ensemble du territoire et tout simplement, comme le rappelle Olivier Babeau, président fondateur de l’Institut Sapiens, profiter enfin de « l’extraordinaire richesse de nos provinces – leur beauté, la densité de leurs racines historiques, la qualité de vie. »

 

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Crédit photo : Samuel McGinity