L’habitat partagé : le choix de vivre chez soi …mais tous ensemble

Logement
Habitat partagé

De Toulouse à Lille en passant par la Bretagne, les Hautes-Alpes ou la région parisienne, l’habitat partagé fait des émules partout en France.


Qu’est-ce que l’habitat partagé ?

L’habitat partagé, connu aussi sous le nom d’habitat groupé ou participatif, c’est d’abord un projet porté par un groupe de personnes et/ou de familles. Ensemble, ils décident de concevoir et créer un habitat en commun qui s’adapte exactement à leurs besoins.

La plupart du temps, ils partent de zéro. Difficile, en effet, de trouver un ou des bâtiments existants qui s’adaptent exactement aux exigences de chacun !  Mais il arrive parfois de bonnes surprises. Par exemple, en Belgique où un corps de ferme a été transformé en habitat participatif.


Un choix de vie en communauté

Les habitants qui décident de vivre ensemble acceptent notamment de consacrer une partie de leur temps et de leur énergie au service de la communauté. C’est ainsi que fonctionne la maison des Babayagas de Montreuil. Les habitantes, puisqu’il s’agit de femmes retraitées, s’engagent à dédier une partie de leur temps libre à la vie de la maison et du quartier, en fonction de leurs compétences et de leurs affinités. D’une manière générale, quelle que soit la forme de l’habitat groupé, l’aspect participatif est bien présent, ne serait-ce que pour prendre les décisions concernant le logement ou les parties communes.

Et cela se fait d’autant plus naturellement que ces logements ont prévu et organisé des espaces communs : jardin, local à vélo, salle commune, salle de jeux pour les enfants, voire cave à vins commune… soit autant d’occasions de se retrouver entre voisins.

Il n’y a d’ailleurs pas que l’espace qui soit commun. L’un des habitats participatifs de Lille a réduit la taille du garage pour agrandir le jardin, cultivé en commun. Par conséquent, les habitants se partagent l’utilisation des voitures disponibles.


Une aventure humaine…

Ne croyez pas pour autant que les habitants des logements groupés soient de doux rêveurs, héritiers des babas cools des années 1970.

Au contraire, ils sont animés d’une détermination de fer, car mettre sur pied un habitat collaboratif est un parcours long et difficile.

Cela commence avec l’aspect humain. Pour mener à bien un tel projet, l’entente et l’accord entre participants sont indispensables insiste le mouvement Colibris qui aide de nombreux projets d’habitats partagés à voir le jour :  “ il faut préciser les besoins et les exigences de chacun : milieu urbain ou rural, quelles surfaces nécessaires, accessibilité des transports  et services de proximité, nombre d’espaces communs (jardin, salle, buanderie). Enfin, pour que la mise en œuvre du projet se fasse dans de bonnes conditions il est nécessaire de passer du temps dans la dynamique collective et la gestion du groupe. Comment procéder ? Communiquer ? Comment prendre les décisions sans que personne ne se sente lésé ? Il ne faut pas négliger la question de l’organisation du groupe et du travail en groupe car elle est essentielle pour la pérennité du projet.”

 

Une fois ces questions réglées, les participants vont devoir s’armer de courage et de patience. Il leur faudra en effet s’attaquer au cœur du projet :

  • Préparer un pré-projet architectural, en déterminant les divers points majeurs : maisons séparées ou immeubles, quels matériaux de construction, comment parvenir à l’optimisation énergétique et à la réduction de l’impact sur l’environnement?
  • Établir le montage juridique et financier, qui dépend notamment des apports de chacun. Soit chaque ménage apporte en totalité la somme nécessaire au financement de sa partie en ayant recours à des emprunts individuels, soit un emprunt collectif est contracté et remboursé sur la base de redevances payées chaque mois par les habitants. Cet apport financier est fondamental. Il permet dans un premier temps d’acquérir le terrain. Et c’est à partir de ce moment que le projet a plus de chances de voir le jour. N’hésitez pas à vous rapprocher des collectivités territoriales qui peuvent faciliter votre accès au foncier. Si vous êtes en région parisienne, pensez d’abord à la banlieue – il ne reste pratiquement aucune parcelle disponible dans Paris. Et sachez que Montreuil encourage, depuis les années 1950, les projets d’habitats participatifs. Les communes peuvent même faire plus. En 2014 à Vienne en Autriche, la mairie a accordé un prêt de 2 millions € pour permettre la naissance du Wohnprojekt, un immeuble partagé respectueux de l’environnement. En France, les bailleurs sociaux sont de bons partenaires pour aider à financer un projet d’habitat partagé.

  • Être présent pour suivre le chantier lors des différentes phases de construction. Cela nécessite des connaissances techniques. L’aide d’un architecte convaincu par votre projet peut vous être donc très utile. Mais c’est aussi la garantie d’avoir un logement qui correspond en tout point à vos besoins et à vos moyens.

 

Mettre en place un projet d’habitat partagé prend beaucoup de temps et d’énergie. En conséquence, beaucoup abandonnent en route : sur 300 initiatives en France en 2012, seuls 70 projets ont vu le jour, dont une quinzaine en région parisienne.

 

Une loi favorable à l’habitat groupé

Cela ne doit pas vous rebuter. L’habitat groupé a bonne réputation. Même le législateur cherche à le favoriser. Depuis 2014, la loi ALUR permet la mise en place de :

  • sociétés d’autopromotion dont l’objectif est de construire ou acheter un bien immobilier selon des aspirations communes (environnementales, sociales, économiques) pour le partager entre différents propriétaires ;
  • coopératives d’habitants dont l’objectif est de gérer collectivement l’immeuble ou le terrain occupé conjointement et d’accorder la jouissance des logements et des espaces communs, de la construction, l’acquisition, la rénovation, la gestion et de l’entretien.

 

Une tendance 100% développement durable

Si créer un habitat groupé peut relever du parcours du combattant, cela en vaut pourtant la peine vu les avantages que vous en tirerez :

  • un logement qui correspond  exactement à vos besoins et à votre style de vie ;
  • respectueux de l’environnement en utilisant des matériaux de construction locaux  et des énergies renouvelables ; 
  • et aussi incroyable que cela paraisse, c’est un modèle de logement économique. La mutualisation du coût d’achat et de construction vous permet d’économiser en moyenne 30% par rapport au marché. Vous évitez la marge du promoteur. Avec les parties communes (jardin, buanderie, garage, ou encore salle commune ou salle de jeux…) vous gagnez en espace tout en réduisant le coût de votre logement. En décidant ensemble de la gestion de l’habitat groupé, vous vous passez d’un syndic de copropriété.
  • Et bien sûr, vous disposez de votre espace mais restez ouvert sur la vie en communauté et sur les autres.

Et cela reste une expérience humaine unique, comme le raconte une jeune femme vivant dans un habitat groupé à Lille : “j’ai l’impression de me saisir d’un bout de la ville, d’y mettre ma pierre.» Une belle façon de réinventer son habitat !

 

Vous souhaitez vous aussi  participer à un projet d’habitat collectif ? Le réseau Ô fil des voisins propose une carte des projets en cours.

Et si vous vivez vous-même dans un habitat participatif, racontez-nous votre expérience. 

 

Pour tout savoir sur les tendances de la co-location, consultez la rubrique “Logement” du blog de COOLOC. Et inscrivez-vous à notre newsletter pour ne rater aucun article ! 

 

Crédit photo : Samuel McGinity