Discrimination liée à l’âge : un fléau réel mais encore peu reconnu

Vie quotidienne
la discrimination liée à l'âge est un fléau des sociétés modernes

Discrimination liée à l’âge : moins visible que le racisme ou l’homophobie, mais pas moins présente dans notre société, ce fléau prend de multiples formes. Des voix s’élèvent cependant contre ce qu’on appelle aujourd’hui l’âgisme. Il s’agit de rendre aux seniors et aux anciens toute leur place dans la société.

C’est d’ailleurs une nécessité. Avec l’allongement de l’espérance de vie, les seniors pourraient représenter plus d’un quart de la population française selon l’INSEE.

 

Les seniors, nouveau soutien de la société ?

En dépit de leur part croissante dans la population, les seniors ne sont pas particulièrement estimés. Perte d’autonomie, poids des retraites… qui dit « personne âgée » dit « poids pour la société », ce qui nourrit la discrimination liée à l’âge.

Pourtant la réalité est bien plus complexe et variée. D’une part, contrairement aux préjugés, les seniors restent indépendants longtemps. Seuls 5% des plus de 65 ans et 16% des plus de 80 ans vivent en institution! L’approche de l’âge de la retraite est davantage le signal d’une nouvelle phase de la vie que d’une dépendance accrue.

Les seniors seraient-ils le nouveau soutien de la société ? Les jeunes retraités, allongement de l’espérance de vie oblige, n’ont jamais été aussi nombreux à se consacrer autant à leurs parents âgés – les anciens. Ils sont également présents pour assurer le soutien matériel et parfois financier de leurs enfants dont 45 % sont divorcés, avec enfants et problèmes d’emploi ou de garde afférents.

Le soutien économique profite à toute la société. Les seniors ne renoncent pas à consommer comme en témoignent les succès des entreprises de la silver economy.

 

Des seniors particulièrement maltraités dans le monde du travail

Les seniors ont donc un rôle dans la société et comptent bien le faire savoir. Le passage à la retraite est souvent synonyme de perte de revenus (moins 23 % en moyenne). Or nombre de quinquagénaires et même de sexagénaires aimeraient bien continuer à travailler sans que l’arrivée de la soixantaine ne sonne le signal d’une baisse d’activité.

La discrimination liée à l’âge est particulièrement présente dans le monde du travail, loin devant les origines. Et pourtant, elle ne représente que 10% des motifs de saisine du tribunal selon le Défenseur des droits.

Selon ce dernier, le taux d’emploi des 60-64 ans en France n’est que de 18 %, contre plus de 30 % pour la moyenne des 27 pays de l’Union Européenne.

Et  53,6 % des chômeurs de cette classe d’âge le sont depuis plus d’un an contre 40,4 % en moyenne dans le reste de la population.

Des seniors utiles dans le monde du travail

Un paradoxe tant les seniors peuvent apporter au monde du travail.

Car embaucher des seniors peut apporter une réelle valeur aux entreprises :

– ils ont non seulement l’expérience d’une carrière pour eux, mais sont aussi plus adaptables,

– n’ayant plus la charge d’enfants en bas âge, ils sont plus disponibles,

– avec l’augmentation de la proportion de seniors dans la société, ils peuvent inspirer confiance à des clients de la même tranche d’âge et savent analyser ce segment de marché,

– oubliez les seniors rebutés par la technologie. Aujourd’hui ils ont tous un smartphone et n’hésitent pas à s’en servir,

– contrairement aux salariés plus jeunes, il est peu probable qu’ils quittent l’entreprise pour une autre offre ailleurs. Ils sont plus fidèles et ainsi peuvent être facteur de transmission des pratiques et de formation des nouveaux arrivants.

Enfin, l’âge de la retraite devant selon toute vraisemblance être repoussé, il serait dommage de se priver de l’expérience et des idées des seniors.

D’autant plus qu’il existe des outils dont les entreprises peuvent s’emparer pour favoriser  le travail des seniors : le CDD Senior, le Parcours emploi compétences (PEC) , le contrat de professionnalisation, l’intérim. Elles pourraient également proposer un travail en temps partagé. Être victime de discrimination en raison de son âge n’a plus aucun sens aujourd’hui.

 

Et victimes d’idées reçues

« Je souhaite souligner l’importance d’être jeune et d’avoir de bonnes connaissances techniques… Les jeunes sont tout simplement plus intelligents. Pourquoi les maîtres d’échecs ont tous moins de 30 ans ?… Je ne sais pas, les jeunes ont juste une vie plus simple » expliquait Mark Zuckerberg, lors du Salon Y Combinator Startup School en 2007.

Révélateur des préjugés en matière d’âge, le PDG de Facebook renforçait ainsi l’idée selon laquelle les start up relèvent du domaine réservé des jeunes entrepreneurs, novateurs brillants.

Cependant les études montrent que les fondateurs des 0,1% des start-up qui se sont développées le plus rapidement durant leurs cinq premières années avaient, en moyenne, 45 ans quand ils se sont lancés. Les données montrent également que les entreprises deviennent plus performantes à mesure que l’âge des entrepreneurs augmente et atteint son apogée, vers la fin de la cinquantaine.

Certes, mais quid des Steve Jobs, Bill Gates, Jeff Bezos, jeunes entrepreneurs ayant connu le succès très rapidement ? Hé bien, leurs entreprises ont connu un tournant majeur alors que ceux-ci atteignaient déjà un âge respectable : Steve Jobs avait 52 ans lors du lancement de l’iPhone qui a révolutionné le monde des téléphones. Pour Amazon, Jeff Bezos était déjà âgé de 45 ans, lorsque le taux de croissance de la capitalisation boursière de l’entreprise a culminé.

 

Une société en lutte contre la discrimination par l’âge

Les mentalités sont en train de changer, à tous les niveaux. C’est ce dont témoigne le rapport de la députée Audrey Dufeu Schubert (LREM) paru en décembre dernier. Il propose différentes mesures offrant une meilleure visibilité aux seniors à travers la multiplication des rencontres au quotidien.

Le rapport préconise par exemple :

  • la suppression du bilan de mi-carrière parfois réalisé dès 45 ans en entreprise. La députée estime que cela  « véhicule l’idée que le temps de la performance est fixé entre 30 et 45 ans ».
  • Mettre en place l’organisation de « Grey Games » 2024, une compétition internationale réservée aux seniors sous l’égide du Comité d’organisation des Jeux olympiques,
  • Organiser des bureaux de vote dans les Ehpad publics, afin de faire découvrir ces lieux à un plus large public. Et y apporter un peu de vie extérieure.  
  • Que 20 % des appelés du Service national universel s’engagent, pour les deux mois d’actions sur le terrain, auprès des aînés.

 

Favoriser le mélange des générations pour lutter contre la discrimination en raison de l’âge

Mais est-il besoin d’attendre la mise en œuvre des propositions du rapport pour agir ? En effet, la société civile, que ce soit par envie ou par nécessité a déjà mis en place de nombreux modes de cohabitation avec les seniors, parfois hors de tous liens familiaux.

C’est le cas de la co-location intergénérationnelle. Le principe existe depuis bien longtemps, même si la loi n’a formalisé ce mode de vie que récemment.

Plus récemment, sont apparues les crèches intergénérationnelles. Le concept ? Installer crèche et maison de retraite au sein d’un même établissement. L’idée est de favoriser les rencontres entre les résidents et les enfants. Pour les personnes les plus âgées, la proximité des enfants permet de ne pas se sentir trop isolées. Et s’occuper d’eux leur permet d’oublier pour un temps les soucis du quotidien. « Les personnes âgées ont un regain de présence et d’énergie, montrent l’envie de faire des efforts, tandis que les enfants, même les plus turbulents, s’apaisent et se calment à leur contact. » explique Marie-Jeanne Galtier, directrice de la crèche intergénérationnelle A petits pas à Aspiran dans l’Hérault.

 

Vers une société harmonieuse

Ainsi plus les seniors sont visibles, présents et actifs et plus la discrimination liée à l’âge recule. Le partage d’expérience apporté par la vision des seniors est non seulement source de connaissances mais aussi d’échanges, voire de créativité. Plus les générations se mélangent, moins les questions d’isolement des seniors posent problème. Et surtout plus les générations ont l’occasion de se mélanger et de se côtoyer au quotidien et plus la discrimination liée à l’âge tendra à disparaitre pour une société plus harmonieuse.

 

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